Dimanche 25 juillet 2010 7 25 /07 /Juil /2010 17:10

 

 

 

 

 

 

 

 

   Un album qui s'écoute comme on lit un recueil de nouvelles. Voilà l'objectif de Bastien Lallemant qui nous livre ici un album de grande qualité, certainement l'un des meilleurs qu'il m'ait été donné d'entendre cette année. Si on devait lui trouver une famille artistique, il serait de ceux qui disent beaucoup car ils disent juste ce qu'il faut. 

 

   "Et chaque meuble se souvient / Dans cette chambre sans berceau / Des éclats des vieilles tempêtes". Je lisais récemment un livre d'entretiens dans lequel Albin de la Simone citait ces vers de Jacques Brel. Le drame d'une vie exprimé en trois vers, trois vers chantés dont on ressort comme d'un roman de 600 pages. La force et la beauté de l'album de Bastien Lallemant résident dans la puissance évocatrice stupéfiante de ses chansons. Des mélodies simples et élégantes. Une voix de conteur à la Gainsbourg. Des arrangements raffinés et pour cause, les enthousiasmants Bertrand Belin et Albin de la Simone sont aux commandes.

 

   Cet album se veut hommage au roman noir, genre auquel il emprunte les codes fondateurs. L'ambiguïté des personnages, l'esthétique des paysages, la précision des dialogues. Les paysages trouvent leurs singularités par leur esthétique, les personnages par un usage de la langue qui leur est propre. Bastien Lallemant alterne discours et narration  avec des textes ciselés au détail près. Chaque mot est choisi, pesé et mis à son poste pour des chansons sans accrocs, de véritables modèles d'expression. Et de cette aptitude à ne dire que l'essentiel naissent ces douze chansons, parfois intrigues, parfois simples tableaux, où se côtoient tous les sombres individus qu'on aime tant observer par le trou de la fiction. Tout ce qui n'est pas formulé est suggéré par le choix d'un mot, d'une mélodie, d'un instrument où d'une intonation. Aucun de ces ingrédients n'est jamais surdosé. L'émotion, qu'elle soit rire ou larmes, ne nous est jamais imposée. On se rend compte qu'elle est là sans même l'avoir vue venir.

 

   En guise de première séquence, un plan fixe sur le va-et-vient des vagues, recouvrant et découvrant le corps sans vie d'une femme. De même que les vagues, les voix de Bastien Lallemant et d'Armelle Pioline (chanteuse du groupe Holden) s'étendent puis se retirent, et gagnent du terrain. Les détails d'une scène révélés au compte-goutte, dans un ressassement envoûtant, comme une marée qui monte lentement et nous invite à la rêverie. Le générique parfait, celui qui génère du fantasme, juste avant de voir le film. 

 

   Cowboy, troisième chanson de l'album, est l'une de ses pépites. Un homme (d'aucuns auraient précisé "un vrai") s'adresse à une femme. Décalage entre une situation dramatiquement ancrée dans le réel, et le grotesque d'un personnage de western. Un texte d'une efficacité foudroyante servi par une interprétation remarquable, où la virilité malsaine est singée sans vergogne. Une chanson qui, au-delà du timbre de voix, nous rappelle la jubilatoire Vieille canaille de Gainsbourg. Si l'une prête à sourire et l'autre moins, vas-y que je te dégaine et que je te descends l'objet de mon malheur, dans un désespoir pathétique qu'on devine arrosé de scotch (une petite lampée mon p"tit Jack?).

 

 "J'suis un cowboy, un cowboy,

Au moindre accroc, je crache le feu, je sors mon colt,

Dans ton chemisier en champs de coton c'est la récolte,

Prends garde au plomb si tu gigotes poupée, j'suis soupe au lait,

J'suis un cowboy tu sais, j'suis un cowboy un vrai".

 

 

  

http://www.musicme.com/#/Bastien-Lallemant/albums/Le-Verger-3521383417027.html

http://www.myspace.com/bastienlallemant

http://www.bastienlallemant.fr/

 

 

Bastien Lallemant, Le verger, 2010

 

 

 

Par Pauline Bureau
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Commentaires

Vous m'avez donné envie d'acheter l'album. Bravo ! Continuez le blog si vous pouvez. Cordialement. Marco.
Commentaire n°1 posté par Marcozeblog le 11/08/2010 à 17h24
 
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